Indignation des Organisations environnementales et de défense des droits humains de la société civile du Nord-Kivu et nationale congolaise

                                                                  Excellence Monsieur le Ministre,

Nous, organisations environnementales et de défense des droits humains de la Société civile du Nord-Kivu et au niveau national, venons respectueusement auprès de votre personnalité exprimer ce dont l’objet en marge.

En effet, Excellence Monsieur le Ministre, nous sommes tellement consternées par les contenus de vos notes

N° M-HYD/ANM/PNI/hnb/0382/CAB/MIN/2018 et N° M-HYD/ANM/PNI/hnb/0383/CAB/MIN/2018 de Mars 2018 projetant la désaffection respectivement d’une partie du Parc National des Virunga couvrant les blocs pétrolier IV et V et d’une partie du Parc National de la Salonga couvrant les bloc I et II, tous sites du Patrimoine Mondial de l’UNESCO et site RAMSAR.

Excellence Monsieur le Ministre,

Ces deux sites naturels du patrimoine mondial de l’UNESCO ont été nommés et sont conservés courageusement par vos services publics à cause de leur importance pour l’héritage commun de l’humanité. Ils représentent une valeur universelle exceptionnelle et tout projet de désaffection partielle pourrait être considéré comme un acte inhumain causant intentionnellement de grandes souffrances aux milliers de communautés locales et peuples autochtones qui dépendent de ces valeurs exceptionnelles pour leur survie ainsi qu’à l’humanité entière, aux générations présentes et futures.

Excellence Monsieur le Ministre,

En ce qui concerne le Parc National des Virunga, toute a été notre surprise de voir que dans vos notes, vous sous-évaluez la superficie du bloc V, nous ne savons pas si c’est par omission ou par négligence. Alors que dans l’arrêté N°013/M-HYD/CATM/CAB/MIN/2013 du 22 juillet 2013, à son article 1er stipule que « le bloc V ouvert à l’exploration dans le Graben Albertine couvre une superficie de 7.180,3 Km² », dont 3897 km² à l’intérieur du Parc National des Virunga, et le reste dans les champs des communautés riveraines. Par contre, dans votre note N° M-HYD/ANM/PNI/hnb/0382/CAB/MIN/2018, vous parlez plutôt de 2.767,5 Km² comme superficie globale du Bloc V, ce qui pour nous, augure de mauvaises intentions.

Comme vous le savez, les Blocs V et IV couvrent la totalité du Lac Edouard[1], dont dépendent plus de 90 mille ménages des pêcheurs et 6millions des populations habitant à l’intérieur de la province du Nord-Kivu. Une autre imprécision dans la même note adressée au gouvernement souligne que le bloc IV est situé en provinces du Nord-Kivu et de l’Ituri, ce qui est une erreur et imprécision remarquable, car c’est plutôt le bloc III qui est à cheval entre les provinces du Nord-Kivu, dans l’extrême nord du Parc National des Virunga et le Sud d’Irumu en province de l’Ituri. En fin 2015, pour votre rappel, le géant français TOTAL a renoncé au forage du pétrole dans la partie sud du Bloc III situé dans le Parc, pour épargner ce site du Patrimoine mondial des conséquences irréversibles du pétrole, pendant que SOCO International renonçait à sa licence d’exploitation pétrolière dans le bloc V.

Certes, votre note confère encore un droit à une autre compagnie qui aurait récupéré le personnel de SOCO.

Ainsi, désaffecter les parties des blocs V et IV impliquerait le déclassement total du Parc National des Virunga du fait que la zone à intérêt pétrolier que couvrent lesdits blocs ajoutée au bloc III englobe déjà plus de 80 pourcent de la superficie du Parc National des Virunga.

Ce projet d’exploitation du pétrole dans les deux blocs aura des conséquences irréversibles non seulement sur les écosystèmes naturels du Paysage Virunga et leurs ressources mais aussi sur les moyens de subsistance des communautés locales. A titre illustratif, la triste expérience des habitants du delta du Niger au Nigeria (Ogoni land) face aux conséquences négatives de l’exploitation du pétrole et bien d’autres régions pétrolières dans le monde devraient être des éléments d’opération de choix d’un modèle économique que le Gouvernement Congolais, qui se veut responsable, a pour sa population et pays.

Les résultats des tests sismiques qu’avait réalisé l’entreprise britannique SOCO International dans le bloc Vont été reçus officiellement en fin 2015 par le Gouvernement Congolais. Cependant, à notre avis, lesdits résultats, qui sont utilisés comme outil de marketing et à la base de cet intérêt du Gouvernement Congolais pour le pétrole des Virunga, sont entachés de plusieurs violations des droits humains. C’est entre autres la corruption, les intimidations, tortures et les meurtres des activistes, détournement des fonds destinés aux communautés locales comme compensation et destruction des espèces sauvages du Parc National des Virunga par empoisonnement, violation des textes nationaux et internationaux relatifs à la conservation de la nature. Nous estimons que pour sa réputation, le Gouvernement Congolais ne devrait pas utiliser de telles données, ni encourager des investissements et/ou financer des activités dommageables pour l’environnement qui ont un impact négatif sur les aires protégées et zones de grande importance pour la biodiversité et l’humanité.

En outre, Monsieur le Ministre, la RD Congo est tenue au respect strict des textes juridiques internationaux ratifiés en matière de conservation de la nature qui, selon l’article 215 de la Constitution, ont une préséance sur les lois nationales, sans oublier la COP21 qui promeut la transition énergétique ou écologique équitable ; la souveraineté du Pays n’étant pas synonyme de violation des textes légaux.

Du point de vue écologique, rappelons que les Bloc V et IV sont parcourus par un réseau hydrographique important qui constitue une partie vitale de la source du Nil et dont dépendent les pays du nord de l’Afrique et qui confère à la RD. Congo une position géostratégique sans mesure au point de vue environnementale et modèle de développement et de diplomatie verts.  La pollution des eaux de la rivière RUTSHURU, du lac EDOUARD et la Rivière SEMLIKI, suite à l’exploitation du pétrole pourrait être à l’origine d’une guerre de l’eau dans cette région déjà instable, et entrainer des mouvements de migrations irréversibles, provocants  des conflits frontaliers et géopolitiques comparables à ceux du lac Tchad pour lesquels les eaux du fleuve Congo via l’affluent Oubangui sont visées et que la RD Congo ne tient pas à céder pour ne pas créer une catastrophe naturelle incomparable.

En cette période de lutte contre le réchauffement climatique, plusieurs pays du monde se mobilisent pour la production et l’utilisation des énergies propres et renouvelable, et surtout que la RD Congo regorge plusieurs ressources alternatives et qui pourraient booster l’économie durable du Pays au profit des populations paysannes qui dépendent de l’agriculture et de la pêche plutôt que s’acharner sur le pétrole.

Excellence Monsieur le Ministre,

Au vu de ce qui précède, nous vous demandons, de :

  • Renoncer carrément à ce projet de désaffection des blocs IV et Bloc V du Parc National des Virunga et des Blocs I et II de la SALONGA pour donner la chance à la promotion du développement durable à travers l’écotourisme ;
  • Respecter le statut des aires protégées établies, y compris les désignations internationales et de maintenir l’ensemble des catégories d’aires protégées: ‘’ elles ne doivent pas être déclassées ni modifiées pour faciliter les activités et aménagements préjudiciables à l’environnement ‘’;
  • Vous rappeler que la Salonga est la partie qui détient la grande partie du massif forestier du bassin du Congo et qui est le deuxième au monde ;
  • Préserver l’intégrité des Parcs Virunga et Salonga comme patrimoines mondiaux sur les cinq inscrits que détiennent la RD Congo ;
  • Prévenir des crimes environnementaux graves contre l’humanité et qui pourraient en vertu du Statut de Rome de la CPI être poursuivis en Justice ;
  • Encourager des investissements et développements économiques qui respectent l’intégralité des aires protégées et les cadres légaux nationaux et internationaux en vigueur.

[1] Arrêté Ministériel N°013/M-HYD/CATM/CAB/MIN/2013 DU 22 Juillet 2013 Modifiant et complétant l’arrêté Ministériel N°013/CAB.MIN/ENER/2005 du 11 Août 2005 portant fixation des coordonnées géographiques définissant les contours du Bloc V ouvert à l’exploitation dans la zone du Graben Albertine.

Plaidoyer sur le projet de desaffection des blocs I, II, III, IV et V pour PNVi et SALONGA

Lobby Oil Developments block (1)

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